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Soutenance de thèse de Soukaina Ragbi

Soutenance

Le 3 décembre 2026

soutenance

Le marché du travail marocain à l’épreuve du paradoxe emploi-croissance : une analyse multi-niveaux des institutions, de la productivité et des trajectoires du secteur privé formel

Membres du jury

  • M. Bruno LAMOTTE, Maître de conférences, Émérite, Université Grenoble Alpes Directeur de thèse
  • M. Nong ZHU, Professeur, Institut National de la Recherche, Scientifique Québec, Rapporteur
  • M. Hervé BLANCHARD, Professeur des Universités, Université de Perpignan, Rapporteur
  • M. François LEGENDRE, Professeur des Universités, Émérite, Université Paris-Est Créteil, Examinateur
  • M. Virgile CHASSAGNON, Professeur des Universités, Université de Grenoble Alpes, Examinateur
  • Mme Zineb NAHMED, Maîtresse de conférences, Université MAROC, Examinatrice
     

Résumé / Abstract

Une économie peut se réformer sans se transformer. C'est l'énigme que pose le marché du travail marocain depuis deux décennies : réformes du Code du travail, extension de la couverture sociale, politiques actives de l'emploi, croissance macroéconomique soutenue — et pourtant, l'informalité demeure structurellement dominante, l'élasticité emploi-croissance se dégrade, le chômage de longue durée résiste, en particulier chez les jeunes diplômés. Ce décalage persistant — désigné dans cette thèse comme le paradoxe emploi-croissance marocain — ne relève ni d'une phase transitoire ni d'une insuffisance instrumentale des politiques : il révèle une logique structurelle échappant aux diagnostics partiels ayant orienté l'action publique. D'où la problématique centrale : pourquoi des réformes nombreuses et continuellement déployées n'ont-elles pas suffi à transformer la croissance en emplois formels durables ? Par quels mécanismes — productifs, organisationnels, salariaux — le secteur privé formel reproduit-il la configuration qui le maintient dans cette incapacité ? La thèse y répond par une approche multi-niveaux, articulant un cadrage institutionnel et trois volets empiriques. Le cadrage institutionnel, fondé sur les enquêtes du HCP et les données CNSS, établit sur 1990–2017 trois constats : les contraintes à la création d'emplois formels tiennent à une capacité productive structurellement limitée ; le tissu entrepreneurial, dominé par des microstructures précaires, souffre de l'absence d'entreprises de taille intermédiaire ; le coût du travail formel entretient des incitations persistantes à la sous-déclaration. Le premier volet évalue, à partir des données Penn World Table et World Economic Forum, la position productive du Maroc dans la région MENA (2007–2019). Il établit que l'inefficience marocaine est majoritairement persistante et supérieure à la moyenne régionale, déplaçant la question vers l'échelle méso. Le deuxième volet, à partir de microdonnées CNSS et de modèles de durée, analyse la survie des entreprises formelles (1990–2017). Il révèle une fragilité entrepreneuriale structurelle : la précarité contractuelle est le déterminant le plus puissant du risque de fermeture, tandis que la localisation géographique produit un effet contre-intuitif — les pôles denses concentrent un risque de fermeture plus élevé que des régions moins denses mais spécialisées, révélant une ambivalence territoriale des économies d'agglomération. Le troisième volet, sur ces mêmes données (2005–2017), décompose la formation des salaires selon une perspective établissements/main-d'œuvre. Il établit que la progression salariale profite très majoritairement aux établissements déjà les mieux positionnés, révélant un dualisme intra-formel croissant dont la localisation géographique est le premier déterminant, et que l'expansion des micro-entreprises exerce un effet de dilution négatif sur les salaires agrégés. Ces trois volets livrent le diagnostic intégré : le paradoxe procède d'une circularité structurelle où inefficience productive, fragilité entrepreneuriale et polarisation salariale se renforcent mutuellement en causalité cumulative auto-entretenue. L'inefficience contraint les entreprises à des horizons courts qui alimentent la précarité contractuelle ; celle-ci fragilise l'organisation et limite l'accumulation de compétences ; la fragilité organisationnelle polarise les salaires, qui reproduisent l'insuffisance productive. Cette boucle explique pourquoi les réformes sectorielles, aussi bien intentionnées soient-elles, ne peuvent infléchir une logique systémique. Cette démonstration constitue l'apport central de la thèse à la littérature sur les marchés du travail des économies à revenu intermédiaire — et, au-delà du cas marocain, un cadre transposable à toute économie confrontée à ce paradoxe.

An economy may be reformed without being transformed. This is the puzzle posed by the Moroccan labour market over the past two decades: reforms to the Labour Code, extended social protection, active labour market policies, sustained macroeconomic growth — and yet, informality remains structurally dominant, employment-growth elasticity continues to deteriorate, and long-term unemployment persists, particularly among educated youth. This persistent gap — referred to throughout this thesis as the Moroccan employment-growth paradox — is neither a transitional phase nor an instrumental insufficiency of the policies implemented: it reveals a structural logic that has eluded the partial diagnoses guiding public action. Hence the thesis's central research question: why have numerous, continuously deployed reforms failed to translate growth into durable formal employment? Through what mechanisms — productive, organisational, wage-related — does the formal private sector reproduce the configuration that maintains this incapacity? The thesis addresses these questions through a multi-level approach, articulating an institutional framing and three empirical components. The institutional framing, drawing on HCP employment surveys and CNSS administrative data, establishes over 1990–2017 three findings: constraints on formal job creation stem from a structurally limited productive capacity; the entrepreneurial fabric, dominated by precariously capitalised micro-structures, suffers from the absence of medium-sized firms; and formal labour costs generate persistent incentives for under-declaration. The first component assesses, using Penn World Table and World Economic Forum data, Morocco's productive position in the MENA region (2007–2019). It establishes that Morocco's inefficiency is predominantly persistent and above the regional average, shifting the question toward the meso scale. The second component, using CNSS microdata and duration models, analyses formal enterprise survival (1990–2017). It reveals a structural entrepreneurial fragility: contractual precarity is the most powerful determinant of closure risk, while geographic location produces a counter-intuitive effect — dense hubs concentrate a higher closure risk than less dense but specialised regions, revealing a territorial ambivalence of agglomeration economies. The third component, on this same data (2005–2017), decomposes wage formation through an establishment/workforce perspective. It establishes that wage growth overwhelmingly benefits already best-positioned establishments, revealing a growing intra-formal dualism whose primary determinant is geographic location, and that the expansion of micro-enterprises exerts a negative dilution effect on aggregate wages. These three components deliver the thesis's integrated diagnosis: the paradox stems from a structural circularity in which persistent productive inefficiency, entrepreneurial fragility, and wage polarisation mutually reinforce one another in a self-sustaining cumulative causality. Persistent inefficiency constrains firms to short planning horizons that feed contractual precarity; this fragilises organisation and limits skills accumulation; organisational fragility polarises wages, which in turn reproduce productive insufficiency. This loop explains why sectoral reforms, however well-intentioned, cannot alter a systemic logic. This demonstration constitutes the thesis's central contribution to the literature on labour markets in middle-income economies — and, beyond the Moroccan case, a framework transposable to any economy confronting this paradox.

Date

Le 3 décembre 2026
Complément date

14h

Localisation

Complément lieu

Amphithéâtre, Grenoble Institut des Neurosciences
Plan d'accès

Publié le 8 octobre 2026

Mis à jour le 19 octobre 2026