Soutenance

Soutenance de thèse d'El Mostapha Bentour

le 16 octobre 2020
10h
Dette publique et croissance économique : une nouvelle évaluation
Membres du jury :
  • M. Cyriac GUILLAUMIN, Université Grenoble Alpes, Directeur de thèse
  • Mme Valérie MIGNON, Université Paris Ouest Nanterre, Rapporteure
  • M. Patrick VILLIEU, Université d’Orléans, Rapporteur
  • M. Jean-Pierre ALLEGRET, Université Côte d’Azur, Examinateur
  • Mme Florence HUART  Université de Lille, Examinatrice
Résumé : en théorie, les effets de la dette sur la croissance économique ont été particulièrement débattus dans l’après-guerre suite à la forte augmentation de la dette publique des pays avancés, montrant notamment deux visions : la vision keynésienne à court terme et la vision classique à long terme. À court terme, les dépenses publiques stimulent la demande globale dans un contexte de rigidités des prix et des salaires nominaux. Cependant, à long terme, l’économie adhère à la vision classique selon laquelle la dette publique réduit le stock de capital et la productivité, entraînant une baisse de la production. La relation entre la dette publique et la croissance économique a été relancée suite à la crise économique de 2008-2009 entraînant des tensions sur les dettes souveraines des pays avancés et posant la question de leur soutenabilité. À long terme, les théories économiques semblent au moins unanimes sur les effets négatifs de la dette publique sur la croissance économique. Cette constatation est devenue tellement ancrée dans l’esprit de tous qu’elle semble légitimer les affirmations concernant l’existence possible d’un seuil de dette publique qui réduirait la croissance économique à long terme. En particulier, Reinhart et Rogoff (2010) ont argumenté sur l’existence d’un seuil de dette publique (rapport entre la dette publique et le PIB) de 90% au-delà duquel la croissance économique serait entravée. En conséquence de ce résultat, qui a une forte implication en termes de politiques économiques, un afflux continu de travaux sur la question du seuil d’endettement est apparu. À court terme, l’analyse est davantage axée sur la composition des dépenses publiques et la valeur des multiplicateurs. Cette thèse vise à analyser, pour un échantillon de 20 pays développés, la pertinence des arguments en faveur ou contre un seuil universel présenté supra, que la théorie économique ne semble pas indiquer formellement. Nous montrons dans le chapitre 1 que l’existence d’un tel seuil, particulièrement commun à tous les pays, ne semble pas être validé pour notre échantillon. Cette conclusion a été davantage démontrée par l’utilisation d’une technique économétrique récente développée par Hansen (2017), regression kink, cherchant de manière endogène des points de retournement dans la relation entre la dette publique et la croissance économique. Le chapitre 2 est consacré à l’évaluation des effets à court terme de la dette publique sur la croissance économique, notamment à travers l’évaluation des effets de la dette publique sur les multiplicateurs de dépenses publiques. L’importance de cet exercice est soulignée dans le cadre du débat relancé sur les multiplicateurs budgétaires, qui a été déclenché par Auerbach et Gorodnichenko (2012). À la suite de ce débat, les multiplicateurs se sont révélés sensibles à plusieurs déterminants, notamment la dette publique (déficit public) et le cycle économique. Nous avons adopté la méthodologie des modèles VAR structurels (SVAR) pour évaluer les multiplicateurs de dépenses publiques, en présence de la dette, comme étant des canaux par lesquels s’effectue la transmission des effets de la dette publique à la croissance économique. Le chapitre 3 est consacré à l’évaluation des effets à long terme sur la croissance économique dans un modèle de croissance endogène. Par conséquent, une formule paramétrée a été simulée pour une dette potentielle qu’un pays pourrait cibler pour financer ses investissements productifs sans la surmonter. Ce taux d’endettement potentiel, lié à la croissance économique et à la productivité des capitaux publics ainsi qu’au taux d’intérêt, est dynamique et propre à chaque pays. Dans les trois chapitres, la thèse s’oppose à tout seuil d’endettement commun s’appliquant à tous les pays. Le sujet de la croissance économique et de la dette publique reste néanmoins l’un des sujets les plus débattus de la macroéconomie depuis la crise financière de 2008-2009.

Summary : in theory, the effects of debt on economic growth were particularly debated in the post-war period following the sharp increase in the public debt of advanced countries, showing particularly two visions: the Keynesian short run vision and the classic long run vision. In the short run, public spending stimulates aggregate demand in the context of Keynesian prices and wage rigidities. However, in the long run, the economy adheres to the classic view stating that public debt reduces the capital stock and productivity, leading to production decrease. The relationship between public debt and economic growth has been recently revived following the 2008 economic crisis which leads to the sovereign debt issues in advanced countries. In the long term, economic theories seem to be at least unanimous on the negative effects of public debt on economic growth. This finding has become so ingrained in everyone's mind that it seems to legitimize claims about a possible existence of a public debt threshold that reduces long-term economic growth. Particularly, Reinhart and Rogoff (2010) have argued on the existence of a debt to GDP threshold of 90% beyond which economic growth would be impaired. As a consequence of such result, which has a strong implication in terms of economic policies, a continuous influx of work examining the question of debt threshold has emerged. In the short term, the analysis is more focused on the composition of public spending and the size of its multipliers. This thesis aims to analyze, for a sample of 20 developed countries, the relevance of the arguments in favor or against a universal above-mentioned threshold, which economic theory does not seem to indicate formally. We show in Chapter 1 that the existence of such threshold, especially common to all countries, seems to create empirically a cleavage rather than a consensus. This finding was more argued by an application based on recent techniques of econometric analysis (Hansen, 2017) searching endogenously for a turning point in the public debt and economic growth relationship. In addition, Chapter 2 is particularly devoted to assessing the short-term effects of public debt on economic growth, particularly through the evaluation of the effects of public debt on expenditure multipliers. The importance of this exercise is emphasized as a part of the revived debate on fiscal multipliers, which was triggered by Auerbach and Gorodnichenko (2012). Multipliers revealed to be sensitive to several determinants, including the public debt (budget deficit) and the business cycle. We adopted an SVAR methodology to assess spending multipliers as passthrough of public debt effects to economic growth. Chapter 3 is devoted to assessing the long-term effects on economic growth in an endogenous growth model. Hence, a parameterized formula has been simulated for a potential debt that a country could target to finance its productive investments without overcoming it. This potential debt ratio, linked to economic growth and the productivity of public capital as well as the interest rate, is dynamic, specific to each country and evolves over time. In the three chapters, the thesis opposes any common debt threshold that applies to all countries. The subject of economic growth and public debt remains one of the most debated topics in macroeconomics since the 2008-2009 financial crisis.
 

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Mis à jour le 14 septembre 2020