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De nombreuses études se sont penchées sur la façon dont la numérisation des marchés, et plus largement le capitalisme de plateforme, ont la capacité d'interférer et de surveiller la vie quotidienne par l'extraction massive et l’analyse des données au cours de la création de valeur. Peu d’études, en revanche, s’intéressent à la façon dont la numérisation peut aussi être un passage par lequel créer des espaces monétaires et financiers alternatifs susceptible de répondre à des objectifs de développement soutenable.
 
En effet, ces espaces monétaires et financiers ne sont pas simplement physiques : ils sont associés à des réseaux, des valeurs, des normes, des cultures et plus largement à des institutions,à travers une logique d’isomorphisme. Pour cette raison, si la délimitation de ces espaces monétaires et financiers dépend de l’ampleur des flux d’échanges économiques spécifiques qui se créent en son sein, elle est également fonction des réseaux sociaux et du lien social induit entre ses acteurs. En d’autres termes, parce qu’un espace de ce type renvoie à une communauté sociale caractérisée par des choix politiques (règles, politiques économiques, partage collectif des risques, projet commun), la frontière de cet espace bien qu’ouverte reste un enjeu décisif.
 
Ces questions sont particulièrement vives dans le contexte de la crise de la COVID-19, compte tenu des défis soulevés par la numérisation. Par ses caractéristiques techniques, la numérisation est susceptible de faciliter le développement de nouveaux espaces monétaires et financiers. La crise de la COVID-19 a réaffirmé les potentialités techniques de la numérisation, donc sa valeur ajoutée économique et sociale. De ce fait, la numérisation est susceptible de valoriser le « local » en facilitant l’émergence d’initiatives à cette échelle, dans le but de lutter contre les dérives de la globalisation. Mais d’un autre côté, comme l’illustrent bien les plateformes géantes de l’Internet, la numérisation présente aussi des risques majeurs de déshumanisation et de prédation susceptibles de miner la confiance collective dont dépendent ces espaces.
 
C’est pourquoi, la question est plus généralement de mieux comprendre si la numérisation d’espaces monétaires et financiers alternatifs de proximité est susceptible de renforcer la cohésion économique et sociale entre ses acteurs.
 
C’est sur ce point que porte ce projet, en proposant d’étudier ce qui relie de ce point de vue des initiatives a priori aussi disparates que la Gentiane (Annecy), la Gonette (Lyon) comme monnaies locales, le Léman comme monnaie locale transfrontalière, les cryptomonnaies développées dans des camps de réfugiés, la conversion de temps d’antenne prépayé en micro-assurance dans un nombre croissant de pays en développement ou les plateformes de blockchain qui permettent de réduire le nombre d’intermédiaires financiers dans les transferts de fonds vers le Sud Global.

Participants
Jean-Christophe Graz (Iep, Crhim, Université de Lausanne)
Pierre Berthaud (Creg, Université Grenoble Alpes)
Guillaume Vallet (Creg, Université Grenoble Alpes)
Solene Morvant (Ids, Université de Genève)
Catherine Figuière (Creg, Université Grenoble Alpes)
Cansu Özmert (Iep, Crhim, Université de Lausanne)
Yannick Perticone (Iep, Crhim, Université de Lausanne)